09 avril 2007
Le jour où Peu s’est enfuie de son couvent
Au prix de brûlures certaines, Peu réussit à s’extirper dehors, sur le toit. Elle prie pour que la nuit soit avec elle…
Episode 8 : Et si Dieu aimait rire un peu ?Peu récite trois « Pater Noster », et s’élance en rappel contre la façade de la maison. Pater noster, qui es in caelis. Elle s’agrippe fort à la couverture qui lui sert de cordage. Celle-ci semble bien supporter son maigre poids. Sanctificetur nomen tuum. Elle lâche du mou petit à petit, maîtrisant parfaitement son escalade. Ses pieds nus agrippent la pierre grise du mur. Adveniat regnum tuum. La nuit est silencieuse. Peu descend doucement. Fiat voluntas tua. Ses bras tremblent sous la douleur, mais Peu continue de glisser le long de la corde, imperturbable. sicut in caelo et in terra. Le sol n’est plus qu’à deux mètres maintenant, elle pourrait presque sauter de là où elle est. Panem nostrrrrr…… Une porte claque. Peu tressaille. C’est celle de l’entrée, juste en dessous d’elle. Aurélien en sort. Elle devient livide. Il sort un paquet de tabac de sa poche arrière et commence à rouler une clope. Il ne l’a pas vu. Il ne la voit pas, elle, qui a moins d’un mètre au-dessus de lui, concentre toutes ses forces à ne pas lâcher la corde. Ses doigts de pieds se crispent sur la roche. Elle les sent lâcher prise peu à peu. Le petit doigt d’abord, puis chacun de ses doigts de pieds jusqu’au pouce ! Plus rien ne la retient au mur. Agrippée à la corde, elle bascule silencieusement et se retrouve la tête en bas. Ses cheveux touchent presque ceux d’Aurélien qui fume en regardant la campagne. Peu retient son souffle. Dans cette position de chauve souris, le sang lui vient à la tête dans un picotement intense. Tenir. Tenir assez longtemps pour ne pas être repérée. Soudain Peu sent quelque chose bouger dans sa poitrine. Mon Dieu. Elle étouffe un cri. Sa chaîne est en train de glisser. Elle sent son pendentif couler entre ses seins. Ses deux mains serrent fort la couverture, elle ne peut pas arrêter la descente de ce fichu collier ! Désespérée, elle entreprend de contracter ses seins pour coincer le médaillon. En vain :peu habituée à cet exercice, elle ne parvient pas à serrer assez fort sa poitrine pourtant généreuse. Sa petite médaille à l’effigie de Sainte Rita, la patronne des causes désespérées glisse lentement mais sûrement. Sainte Rita, c’est maintenant ou jamais. Personne ne l’entend et Sainte Rita loge maintenant dans son cou. La chaîne est trop grande, elle va la perdre ! A bout de forces et d’idées, Peu se dit qu’elle ferait peut-être bien d’abandonner. Abandonner ? Et s’offrir à lui ? Jamais ! La chaîne glisse pour de bon et se détache de son cou. Avec une adresse incroyable, Peu rattrape le médaillon au vol et le coince entre ses dents. La chaîne stoppe sa chute juste à temps, caressant presque le front d’Aurélien qui finit sa cigarette… Pendue par les bras à une corde de couvertures, à 2m du sol, les fesses en l’air, la tête en bas, les cheveux aux vents et sa médaille entre les dents, Peu se dit que Dieu cherche peut-être à lui faire payer quelque chose… Elle ne lui soupçonnait pas un tel sens de l’humour…
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